27/01/2006

Le colibri

Colibri tout-vert © Patrick Ingremeau

Le colibri

 

Le vert colibri, le roi des collines,
Voyant la rosée et le soleil clair
Luire dans son nid tissé d'herbes fines,
Comme un frais rayon s'échappe dans l'air.

Il se hâte et vole aux sources voisines
Où les bambous font le bruit de la mer,
Où l'açoka rouge, aux odeurs divines,
S'ouvre et porte au coeur un humide éclair.

Vers la fleur dorée il descend, se pose,
Et boit tant d'amour dans la coupe rose,
Qu'il meurt, ne sachant s'il l'a pu tarir.

Sur ta lèvre pure, ô ma bien-aimée,
Telle aussi mon âme eût voulu mourir
Du premier baiser qui l'a parfumée !

***

Charles- Marie LECONTE DE LISLE

(1814-1894)

(Recueil : Poèmes barbares)

 



18:41 Écrit par Elvane | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Rien n'est plus beau....

Rien n'est beau que le vrai...

 

... Rien n'est beau que le vrai : le vrai seul est aimable ;
Il doit régner partout, et même dans la fable :
De toute fiction l'adroite fausseté
Ne tend qu'à faire aux yeux briller la vérité.

Sais-tu pourquoi mes vers sont lus dans les provinces,
Sont recherchés du peuple, et reçus chez les princes ?
Ce n'est pas que leurs sons, agréables, nombreux,
Soient toujours à l'oreille également heureux ;
Qu'en plus d'un lieu le sens n'y gêne la mesure,
Et qu'un mot quelquefois n'y brave la césure :
Mais c'est qu'en eux le vrai, du mensonge vainqueur,
Partout se montre aux yeux et va saisir le coeur ;
Que le bien et le mal y sont prisés au juste ;
Que jamais un faquin n'y tint un rang auguste ;
Et que mon coeur, toujours conduisant mon esprit,
Ne dit rien aux lecteurs qu'à soi-même il n'ait dit.
Ma pensée au grand jour partout s'offre et s'expose,
Et mon vers, bien ou mal, dit toujours quelque chose...


(Épître IX)

Nicolas Boileau (1636_1711)

(Recueil : Epîtres)

15:23 Écrit par Elvane | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/01/2006

 Strances galantes

 

Jean-Antoine Watteau. Le Faux Pas (The Mistaken Advance).

Jean-Antoine Watteau. Le Faux Pas (The Mistaken Advance).

c. 1717. Oil on canvas. Louvre, Paris, France.

***

Stances galantes

 

Souffrez qu'Amour cette nuit vous réveille ;
Par mes soupirs laissez-vous enflammer ;
Vous dormez trop, adorable merveille,
Car c'est dormir que de ne point aimer.

Ne craignez rien ; dans l'amoureux empire
Le mal n'est pas si grand que l'on le fait
Et, lorsqu'on aime et que le coeur soupire,
Son propre mal souvent le satisfait.

Le mal d'aimer, c'est de vouloir le taire :
Pour l'éviter, parlez en ma faveur.
Amour le veut, n'en faites point mystère.
Mais vous tremblez, et ce dieu vous fait peur !

Peut-on souffrir une plus douce peine ?
Peut-on subir une plus douce loi ?
Qu'étant des coeurs la douce souveraine,
Dessus le vôtre Amour agisse en roi ;

Rendez-vous donc, ô divine Amarante !
Soumettez-vous aux volontés d'Amour ;
Aimez pendant que vous êtes charmante,
Car le temps passe et n'a point de retour.


 

Jean-Baptiste Poquelin (1622-1673)

12:54 Écrit par Elvane | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Le Héron

Fable de Jean de la Fontaine : Le héron

LE HÉRON

Un jour, sur ses longs pieds, allait, je ne sais où,
Le Héron au long bec emmanché d'un long cou.
Il côtoyait une rivière.
L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux jours ;
Ma commère la Carpe y faisait mille tours,
Avec le Brochet son compère.
Le Héron en eût fait aisément son profit :
Tous approchaient du bord ; l'oiseau n'avait qu'à prendre
Mais il crut mieux faire d'attendre
Qu'il eût un peu plus d'appétit :
Il vivait de régime et mangeait à ses heures.
Après quelques moments, l'appétit vint : l'Oiseau,
S'approchant du bord, vit sur l'eau
Des tanches qui sortaient du fond de ces demeures.
Le mets ne lui plut pas ; il s'attendait à mieux,
Et montrait un goût dédaigneux,
Comme le Rat du bon Horace.
« Moi des tanches ! dit-il ; moi, Héron, que je fasse
Une si pauvre chère ? Et pour qui me prend-on ? »
La tanche rebutée, il trouva du goujon.
« Du goujon ! c'est bien là le dîner d'un Héron !
J'ouvrirais pour si peu le bec !aux Dieux ne plaise ! »
Il l'ouvrit pour bien moins : tout alla de façon
Qu'il ne vit plus aucun poisson.
La faim le prit : il fut tout heureux et tout aise
De rencontrer un limaçon.

Ne soyons pas si difficiles :
Les plus accommodants, ce sont les plus habiles ;
On hasarde de perdre en voulant trop gagner.
Gardez-vous de rien dédaigner,
Surtout quand vous avez à peu près votre compte...

***

 

Jean de la Fontaine 1621-1695

fables

11:50 Écrit par Elvane | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/01/2006

Sonnet d'été

Le boudoir :William Ablett (1877-1937)

***

Sonnet d'été

Nous habiterons un discret boudoir,
Toujours saturé d'une odeur divine,
Ne laissant entrer, comme on le devine,
Qu'un jour faible et doux ressemblant au soir.

Une blonde frêle en mignon peignoir
Tirera des sons d'une mandoline,
Et les blancs rideaux tout en mousseline
Seront réfléchis par un grand miroir.

Quand nous aurons faim, pour toute cuisine
Nous grignoterons des fruits de la Chine,
Et nous ne boirons que dans du vermeil ;

Pour nous endormir, ainsi que des chattes
Nous nous étendrons sur de fraîches nattes ;
Nous oublîrons tout, - même le soleil !

 

Germain Nouveau (1851 - 1920)

premiers poèmes

 

21:17 Écrit par Elvane | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/01/2006

La belle viole.

Allégorie de la musique par Laurent de la Hyre

 

La belle viole

A vous troupe légère
Qui d'aile passagère
Par le monde volez...

JOACHIM DU BELLAY.

 

Accoudée au balcon d'où l'on voit le chemin
Qui va des bords de Loire aux rives d'Italie,
Sous un pâle rameau d'olive son front plie.
La violette en fleur se fanera demain.

 

La viole que frôle encor sa frêle main
Charme sa solitude et sa mélancolie,
Et son rêve s'envole à celui qui l'oublie
En foulant la poussière où gît l'orgueil Romain.

 

De celle qu'il nommait sa douceur Angevine,
Sur la corde vibrante erre l'âme divine
Quand l'angoisse d'amour étreint son cour troublé ;

Et sa voix livre aux vents qui l'emportent loin d'elle,
Et le caresseront peut-être, l'infidèle,
Cette chanson qu'il fit pour un vanneur de blé.

***

les trophées

José Maria de Heredia(1842.1905)


21:27 Écrit par Elvane | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

La terrasse devant la mer à Préfailles

Henri-Joseph Lebasque
LA TERRASSE DEVANT LA MER, PREFAILLES, 1922

 

 

Henri-Joseph Lebasque
French 1865-1937

Lebasque a trouvé la grande inspiration pendant l'été de 1922 fonctionnant dans divers endroits soleil-trempés et frais le long de la région de Vendée de la côte atlantique - rue Jean de Monts, le d'Yeu d'Ile et Prefailles.  Les derniers avérés être sa tache favorisée et là sont plusieurs autres travaux importants auxquels cette peinture relie, par exemple, le à Prefailles ,la Terrasse devant la mer"   au musée de désert de ressorts de paume.

 

 

 


 

17:51 Écrit par Elvane | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/01/2006

Océano Nox

Océano-Nox

 

Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l'aveugle océan à jamais enfouis !

Combien de patrons morts avec leurs équipages !
L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages,
Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots !
Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée.
Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée ;
L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots !

Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !
Vous roulez à travers les sombres étendues,
Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
Oh ! que de vieux parents, qui n'avaient plus qu'un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grève
Ceux qui ne sont pas revenus !

On s'entretient de vous parfois dans les veillées.
Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillées,
Mêle encore quelque temps vos noms d'ombre couverts
Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures,
Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures,
Tandis que vous dormez dans les goémons verts !

On demande : - Où sont-ils ? sont-ils rois dans quelque île ?
Nous ont-ils délaissés pour un bord plus fertile ?
Puis votre souvenir même est enseveli.
Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire.
Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire,
Sur le sombre océan jette le sombre oubli.

Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue.
L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue ?
Seules, durant ces nuits où l'orage est vainqueur,
Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre,
Parlent encor de vous en remuant la cendre
De leur foyer et de leur cœur !

Et quand la tombe enfin a fermé leur paupière,
Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre
Dans l'étroit cimetière où l'écho nous répond,
Pas même un saule vert qui s'effeuille à l'automne,
Pas même la chanson naïve et monotone
Que chante un mendiant à l'angle d'un vieux pont !

Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires ?
Ô flots, que vous avez de lugubres histoires !
Flots profonds, redoutés des mères à genoux !
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous !

 

Victor Hugo
« Oceano Nox »(écrit en juillet 1836)

Les Rayons et les Ombres, XLII, 1840.

18:09 Écrit par Elvane | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/01/2006

La frégate "la Sérieuse"

La Frégate « La Sérieuse »

Qu'elle était belle, ma Frégate,
Lorsqu'elle voguait dans le vent !
Elle avait, au soleil levant,
Toutes les couleurs de l'agate ;


Ses voiles luisaient le matin
Comme des ballons de satin;
Sa quille mince, longue et plate,
Portait deux bandes d'écarlate ;


Sur vingt-quatre canons cachés,
Ses mâts, en arrière penchés,
Paraissaient à demi couchés.
Dix fois plus vive qu'un pirate,


En cent jours du Havre à Surate
Elle nous emporta souvent.
-- Qu'elle était belle, ma Frégate,
Lorsqu'elle voguait dans le vent !

Alfred de Vigny,(1797-1863)

Poèmes antiques et modernes (1837)




14:32 Écrit par Elvane | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02/01/2006

A beaucoup de danger...

Fleur du Mal destructiion - CARLOS SCHWABE (1866-1926)

***

À beaucoup de danger est sujette la fleur

Jean-Baptiste Chassignet (1571-1635)

 

À beaucoup de danger est sujette la fleur,
Ou l'on la foule aux pieds ou les vents la ternissent,
Les rayons du soleil la brûlent et rôtissent,
La bête la dévore, et s'effeuille en verdeur :

Nos jours entremêlés de regret et de pleur
À la fleur comparés comme la fleur fleurissent,
Tombent comme la fleur, comme la fleur périssent,
Autant comme du froid tourmentés de l'ardeur.

Non de fer ni de plomb, mais d'odorantes pommes
Le vaisseau va chargé, ainsi les jours des hommes
Sont légers, non pesants, variables et vains,

Qui, laissant après eux d'un peu de renommée
L'odeur en moins de rien comme fruit consommée,
Passent légèrement hors du coeur des humains.



22:35 Écrit par Elvane | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Le Lac d'Annecy


 
 
Le lac d'Annecy 1896 Paul Cezanne
****

Paul Cézanne -1839-1906 -
 

En 1896 Paul Cézanne

devenait un peintre reconnu  

Le succès n'arrivait pas à dissiper sa morosité,

seul le Mas de Bouffan, propriété familiale d'Aix en Provence,

lui offrait la solitude à laquelle il aspirait.

Torturé par sa maladie, contraint par les siens

 pour se soigner de s'arracher à son sol natal, la Provence,

Il séjourna à Annecy , prit le bateau Pour l'Abbaye de Talloires

où il  est resté une grande partie de l'été.

il put réaliser sur les berges du Lac d'Annecy

l'un de ses plus beaux chefs d'oeuvre :

Le Lac d'Annecy,propriété de l'Institut Courtauld de Londres;

et deux tableaux représentant l'enfant au chapeau de paille,

(County Museum de Los Angeles et à la Galerie Yoshi de Tokyo)

ainsi que 21 aquarelles et dessins référencées Venturi-Rewald,

actuellement disséminés dans les plus grandes collections du monde.

 


18:54 Écrit par Elvane | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |